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Hommage à nos parents

En écoutant cette musique infiniment mélancolique et joyeuse aussi qui a bercé mon adolescence : La sonate n°32 de Beethoven opus 111 par Yves Nat, que notre mère adorait.

Nos parents nous ont mis au monde et j’ai grandi à Chaumont, Haute-Marne, le département méridional de la région Champagne, si tant est que le terme de méridional puisse s’appliquer à cette rudesse climatique, disons sur le bord septentrional du plateau de Langres. Je suis le puîné d’une fratrie qui au fil des ans et du désir, des désirs de nos parents s’allongera jusqu’à compter onze (11) enfants. Une terrible guerre venait pour ainsi dire tout juste de prendre fin, et on reconstruisait les pays, les démographies, les démocraties, l’espoir enfin de vivre ensemble en paix, l’Europe meurtrie renaissant de ses cendres tel le phoenix.

Notre mère évoquait, un matin de juillet 2016 dans le petit jardin de la maison de retraite des Pivoines à Buis les Baronnies, le souvenir de la demande en mariage de notre père à ses beaux-parents. Elle pouvait être très gaie parfois, et cette gaité était contagieuse, malgré une souffrance morale profonde qui la minait. Nos futurs parents avaient donc pris le train pour Orléans, ou Versailles, fin 1946 sans doute, je ne me souviens plus, et avaient été chaleureusement accueillis par nos grands parents et trois de leurs filles, un de leur fils peut-être, Maman n’en était pas certaine. Et Bon Papa posait des questions à notre père du genre :“ Peut-être avez-vous, jeune homme quelque chose à nous demander ?“ Et notre père de répondre :“ Oui, merci, je reprendrais bien un peu de cet excellent gigot“. Ce fut le début d’un rire qui allait se nourir de lui-même et des réponses de notre père. -“Vous avez peut-être une question, n’hésitez pas à la poser“. – „ oui, d’où vient ce vin délicieux, du Val de Loire n’est-ce pas ?“ Le rire rebondissait et ne semblait plus devoir s’arrêter. Et quand enfin, entre la poire et le fromage, Papa fit sa demande, le fou rire a atteint un sommet que tous les participants, notre père en tête, ont déclaré par la suite n’avoir jamais connu auparavant.

Nous sommes issus de ce rire, notre paradis à jamais perdu.

Les quatre premiers d’entre nous sont nés à la maison, la cinquième, Marie Dolorès, prématurée, à la clinique de Châlon sur Saône, un 15 août. Nous logions dans un petit trois pièces sis dans une petite maison appartenant à mon grand père paternel, rue Camille Flammarion, la Camille, pour lequel mes parents payaient un petit loyer. Le jardin, le cerisier, le carré de terre que notre père cultivait, le quartier populaire qui s’arrêtait sur les champs, et plus loin les bois où de temps en temps, mais bien plus tard, j’irai passer des nuits à la belle étoile, terrorisé par les bruits que les hôtes de la forêt pouvaient produire tout au long de la nuit. Terrain de jeux sans autres limites que celles que notre âge déplaçait d’année en année. Les hivers glaciaux, les énormes boules de neige que nous poussions devant nous en revenant de l’école maternelle, les engelures aux mains, le poêle à charbon qui ronflait alors au milieu de la classe pour dégeler d’abord les encriers, et puis nos mains, et qui nous enfumait aussi pas mal à l’allumage. Les parties de luges sur les coteaux bordant la Suize et la Marne, les parties de patinage sur les débordements (gelés quand même) de la Marne et parfois sur le canal, mais il ne fallait pas le dire. J’apprendrai avec une grande tristesse, bien plus tard, que notre chère professeur de musique s’y jetterait, imaginant le désespoir et l’effroi de la vieille demoiselle en route vers son destin, son geste de se perdre à jamais dans l’eau noire et glacée de la mort.

Nos parents nous transmettaient la force de leur jeunesse, leur foi en la vie, en nous offrant chaque année un nouveau frère, une nouvelle sœur, que nous allions saluer au réveil. Vous avez dit enfance heureuse? La rue était notre terrain de jeu, avec les enfants des familles voisines, parmi lesquelles les incomparables Z, le petit vélo rouge, les jardins aux herbes folles à peine interdits, l’atelier de Salina jouxtant la maison, son foutoire de ferrailles et les étranges lueurs de l’arc à souder zébrant l’air lourd des poussières métalliques, nos jeux incessants, les soirs d’été dans le cerisier – oh ! les belles chemisettes à carreaux blancs et roses que notre mère nous avait confectionnées, irrémédiablement tachées de jus de cerise.

Et les étés à Saint-Ciergues, au bord d’un petit lac de retenue servant à alimenter le canal, où notre grand père, avait fait construire deux maisons d’été, la grande d’en haut et la petite d’en bas, le verger entre les deux, qui pouvaient accueillir jusqu’à quatre familles, au total une bonne vingtaine de cousins cousines de tous âges, plus les mères, nos tantes, dont la meilleure d’entre elles, Odile… Les amis si proches dans une maison voisine, toutes générations intercalées, de vrais pêcheurs et même pêcheuses : carpes, tanches, perches, menu fretin, et de temps en temps un monstre de brochet comme celui qui s’était pris dans l’herbier et qu‘ Olivier avait réussi à sortir tout seul comme un grand, sans oublier les écrevisses sorties à la main de la rivière Morgon. La vieille scierie tout au fond du valon et l’étang aux roseaux, les orages terribles aussi. „Maman, regarde-moi par la fenêtre !“ aurait hurlé une fois une cousine tout éberluée par la foudre tombée si près … Le lac pour ramer dans la vieille barque, voguer à la voile sur le charpy, puis le vaurien, l’immense chambre à air de tracteur qui nous roulait du haut en bas de la plage jusqu’à l’eau. Et la „flèche“, charriot bricolé avec lequel nous dévalions le chemin qui menait aux maisons, dans l’autre sens on l’aura compris, et qui terminait souvent sa course à peine contrôlée dans les ronces bordant la route : malheur alors à celui qui ne sautait pas à temps ! L’odeur de la cancoillotte (cancoyote ?) sur les tranches de pain brûlées au feu de bois des brasiers dans la cheminée ou sur la cuisinière de fonte, au cours de vacances de Pâques qui n’avaient de printannières que le nom et lors desquelles notre soeur aînée menait la maisonnée, d’une main ferme. Le chemin des Roches pour aller chercher le lait en bidon à la fromagerie, sans oublier de passer chez Jeanne faire le plein de caramels et autres carambar qu’elle nous offrait. Les vaches rentrant le soir après leur journée de pâturge sur les berges du lac, senteurs de bouse, fragances de notre enfance.

Notre père travaillait comme chauffeur livreur manœuvre dans l’entreprise de vente de vins et spiritueux de notre grand père. Il gagnait peu, travaillait dur, apprenant sur le tas le métier d’entrepreneur pour lequel il n’était pas vraiment fait. Notre mère était avec nous à la maison, travaillait dur aussi à notre éducation, à mener la maisonnée, à nous nourrir, laver les couches du dernier né, nous sortait beaucoup dans de longues balades, par tous les temps : Choignes et Chamarandes le long du canal, Neuilly sur Suize, par la forêt, la côte de Brotte, la Maladière. Et au fil des ans, nous prenions notre autonomie, individuelle et collective : il nous était naturel de grandir ensemble, d’accueillir les plus jeunes, les nouveaux arrivés. Cela était vécu comme une chance, et en même temps une nécessité.

Cette vitalité, cet hymne à la vie m’accompagnera jusqu’à aujourd’hui, et c’est pour moi l’héritage que nos parents nous ont laissé. Il n’y en aura pas d’autre d’ailleurs, et je pense que c’est mieux ainsi.

C’est peut-être cela que je suis allé chercher tout au long de ma route, ce retour vers cette enfance heureuse car pleine de vie qui se régénérait à elle-même, ce secret que nos parents nous avaient confié, eux qui avaient vécu la guerre, ses privations, les bombardements meurtriers pour les populations civiles, l’hiver 41, le plus terrible, et ceux qui ont suivi, les derniers mois au maquis pour mon père et les règlements de compte de la libération, la campagne d’Allemagne à Constance, et tout près d’ici vers Schaffhausen. Ma mère d’abord sur la ligne de démarcation, en basse Bourgogne à Carry Potet chez sa tante, qui prêtait ses papiers pour permettre à de jeunes filles juives de son âge de passer la ligne de démarcation, et qui allait ensuite les récupérer, à vélo, au bluff et au risque de se faire prendre sans papiers, et alors, direction les camps, c’était la règle pour celles et ceux qui, s’opposant à l’occupant, étaient considérés comme des terroristes. Plus tard en Haute-Marne, par des hivers glaciaux comme il n’y en a plus, logeant chez ses futurs beaux parents, elle allait à vélo de par le plateau, traversant d’épaisses forêts sombres ou des landes balayées par des vents polaires, jusque dans les villages les plus reculés pour apprendre aux femmes l’hygiène et les arts ménagers, j’en ai rencontré bien plus tard qui s’en souvenaient encore. L’occupant était partout et contrôlait les allées et venues, les loups hurlaient parfois du fond des bois, racontait-elle, en se marrant… Mais déjà ils construisaient l’Europe des peuples, et un jour que je me croyais malin en disant « les boches », la claque de ma mère est tout de suite partie, et bien arrivée, je le confirme : »On ne parle pas comme cela des allemands, la guerre est finie ! ». Je me le suis tenu pour dit, j’avais juste six ans, ou sept.

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Puis, après la Camille, nous avons emménagé rue Tréfousse, dans la grande et belle maison de notre grand père, siège aussi de l’entreprise de négoce dont notre père allait prendre la disrection à la mort de ses parents, en 1962, l’un derrière l’autre pour ainsi dire. Grande maison avec ses caves, ses bureaux, ses entrepôts, ces cuves et sa tonnellerie, son grand préau qui dénaturait quelque peu la belle façade renaissance, son grenier immense plein de richesses entassées au fil des ans, comme ces damejeannes pleine d’un précieux marc de champagne, qui filèrent en quelques mois, ne me demandez pas où ni comment, et la cave profonde profonde sous le corps principal de la maison, elle aussi nous a délivré ses bienfaits, nectares de Bourgogne bon dieu, ou petit jésus, en culote de velours, disait-on alors. Elle avait aussi sauvé des vies lors des bombardements alliés. Les camions stationnaient dans la cour, déjà chargés pour la tournée du lendemain, ou bien encore à décharger après une rentrée tardive, et c’était notre boulot à nous les garçons, avec Papa, le matin dès six heures, de d’abord décharger et ranger le vide, puis de charger la tournée du jour, avant d’aller au lycée, le jeudi, dans les caves, à la tireuse Girondine ou à la rinceuse, dans des tournées de livraison dans les lieux les plus reculés du plateau et du Bassigny, en compagnie de Pierrot le chauffeur. Centre ville, à deux pas de la mairie, vie de famille et vie de l’entreprise mélangées, notre mère associée au travail de bureau au moins 6 heures par jour. Je saurai toujours gré à mon père de m’avoir tôt appris le monde du travail et la marche de l’entreprise : je ne connaîtrai plus tard jamais le chômage. Mais, la vie, il est vrai, est devenue plus compliquée pour tout le monde, à cause des affaires de l’entreprise qui prenaient une grande partie du temps de nos parents, chacune et chacun devant alors se débrouiller un peu comme elle ou il pouvait, les plus jeunes demandant aussi leur dû. Mais bon an mal an, ils s’en sortaient assez bien, pour avoir une ribambelle de onze enfants pas facile à gérer, cette fratrie qui attirait beaucoup de monde à l’époque, les tablées de 15 n’étaient pas exceptionnelles, fratrie que l’on qualifiera plus tard de „peu amène“. Tant d’énergie investie implique forcément un jour ou l’autre une certaine fatigue pour les géniteurs. J’ai quitté la maison de mes parents en septembre 67 pour aller refaire une mathélem à Chaptal à Paris, ayant échoué, à l’époque on disait „queuté“, au bac, malgré un séjour de trois semaines, enchanteur, chez nos grands parents maternels à Brosses dans le Morvan, quasiment à l’ombre de la colline éternelle. Ce ratage au bac fut sans doute la première vraie chance de ma vie, car l’année suivante, il m’a été donné de vivre le beau mois de mai à Ripa, ma deuxième naissance …

C’est là que je me suis fait, sur ce plateau de Langres aux mornes ondulations, entre Chaumont et Langres, dans le vert Bassigny entre Marne et Aube, au cours de ces années de la reconstruction de l’Europe qui ont précédé ce printemps-là.

Ce fut une enfance heureuse, très heureuse. Peu de familles auront été autant aimées, admirées, respectées, et même un peu haïes pour cela, mais ce n’est pas sûr.

Cette année-là aussi, septembre resplendissait, comme mai avant lui, les berges du lac de notre enfance étaient pleines de cris joyeux, de rires d’enfants, et les fumées des boucans ici et là s’élevaient droites dans l’air pur de cette fin d’été. Nous préparions un meshoui chez des amis quand les gendarmes sont arrivés avec la nouvelle de l’accident, qui n’était pas alarmante encore. Notre père décide de partir pour Troyes. À l’arrivée l’interne me prend à part me demandant de nous préparer au pire. Retour dans la nuit, au fond de l’angoisse, et dans l’allée qui coupe le verger des amis nous apprennent que notre soeur n’est plus. Effondrement d’un père, qui décide alors de partir dès le matin à la rencontre de Maman qui doit déjeuner chez une de ses soeurs. Nous y arrivons à midi, en prennant par l’allée de gauche, Maman arrive trois minutes plus tard par l’allée de droite. Notre père s’avance, la prend dans ses bras, sous les immenses platanes. Et le cri de notre mère déchire l’air, et notre bonheur d’alors.

Et pour citer Senghor :

Je me rappelle, je me rappelle …

Ma tête rythmant

Quelle marche lasse le long des jours d’Europe où parfois

Apparaît un jazz orphelin qui sanglote, sanglote, sanglote.

Alors, pourquoi pas le brandbourgeois numéro 5 dans lequel la flûte et le violon se livrent un dialogue tout en finesse pour ensuite donner naissance, littéralement, au solo du clavecin qui part bientôt dans des folies chromatiques, essence même du baroque dont Bach avait le secret, et qui annoncent toutes les audaces musicales des siècles à venir. J’ai aimé cette interprétation du jeune Croatian Baroque Ensemble :

juste quelques lignes encore

Cinq jours et cinq nuits à son chevet, entre l’hôpital, le petit hôtel, et Buis les baronnies by night, bonjour les coups de tezon, mais aussi largement compensés par beaucoup de moments forts avec les personnes rencontrées ici et là.

Les plus forts ont été bien sûr les moments avec notre mère dans le contexte de l’hôpital et la mobilisation exceptionnelle de ses personnels, aides soignantes et soignants, infirmièrères et infirmiers surtout (les médecins se montrent très peu, et c’est même peu dire). Ce qu’il s’est passé entre tout ce monde et notre mère, et aussi avec moi, je ne l’oublierai jamais, ma reconnaissance n’aura pas de fin.

Dimanche soir, je l’ai fait manger, pas trop mal, mais lundi matin, les douleurs, physiques et morales, sont devenues trop intenses, elle hurlait, enfin, tout est relatif, de ce qui restait de sa pauvre petite voix, au cours des soins du matin, au point qu’avec l’accord du médecin, ils ont mis les dernières doses, celles qui aident à partir : “ nous faisons tout maintenant pour qu’elle soit sereine et parte sans souffrir“, et elles, ils l’ont fait, merveilleusement bien, m’accompagnant moi aussi avec une telle délicatesse que les pleurs m’en montent, et que soudain je doive libérer les larmes que je retenais depuis. Ce matin-là. je lui avais demandé en arrivant „ça va, Maman?“, et je l’avais entendue me répondre „très bien, je me marre“, et depuis, elle n’a plus reparlé, est restée à résister, à se préparer, à respirer, avec tout son courage, pour rester, encore un peu.

Jeudi soir, j’ai senti que le moment arrivait, devait arriver, et l’infirmière de nuit m’a dit „ne partez pas cette nuit, je vous installe un transat dans sa chambre“. Et puis elle m’a demandé de sortir avec elle car elle souhaitait me parler pour me dire que Maman était prête, mais que moi je ne l’étais pas, et que c’est ce que Maman attendait. Je lui ai demandé si elle pensait que je devais laisser Maman seule, question que je m’étais pris à me poser plusieurs fois au cours de la semaine, mais chaque fois la réponse était la même, „non, c’est très bien comme vous faites“. Je suis retourné dans la chambre pour lui dire à l’oreille que j’étais prêt, qu’elle pouvait y aller, et me suis installé sur le transat. J’entendais sa respiration régulière, et me suis permis un petit somme.

À 4 heures du matin, réveil, Maman respire un peu plus faiblement mais régulièrement. j’attends près d’elle le passage vers 5 heures de l’infirmière qui fait les mesures, la trouve froide déjà et me dit que le moment est proche, que je peux, si je veux, rentrer à l’hôtel prendre une douche et me changer avant de revenir. Je ne comprends pas alors le message pourtant clair, mais je sens qu’il y a du vrai, et nous quittons la chambre. Avant de partir je dis à Maman que je la laisse un moment et que je reviens bientôt. Nous marchons vers la sortie quand une sonnerie se fait entendre, la 106, celle de sa chambre qui ne ne s’actionne que manuellement, premier mystère. L’infirmière me dit d’y aller, et je quitte l’hôpital dans la nuit claire, froide si on veut (on est en Provence …), et monte d’un bon pas la rue du collège, me sentant appaisé déjà. Juste au moment de prendre la rue qui descend vers mon hôtel, j’entends deux oiseaux qui chantent, se répondant l’un à l’autre, et je me dis tiens, c’est comme à Vogelsang, notre rue, et cela me rappelle aussi le concerto brandbourgeois, le 5, au cours duquel un fabuleux dialogue entre la flûte et le violon fait émerger dans toute la puissance de création du grand Bach le clavecin qui va se déchaîner dans des chromatismes de folie à rendre ouf, je me dis tout cela dans la seconde où je lève les yeux et vois dans le ciel comme une petite aurore bauréale, en fait un petit nuage faiblement éclairé par une toute petite lune. Je me dis à ce moment que c’est l’âme de Maman. Déjà ? À cette seconde, mon portable sonne, et je tourne les talons avant de décrocher et d’entrendre la voix calme de l’infirmière qui m’annonce que Maman est partie. Elle a donc préféré, pour elle, et peut-être aussi pour moi – quand on la connaît – partir seule, et c’est très bien ainsi. J’appelle B et lui annonce le départ de notre mère, puis mon téléphone s’éteind, en panne de batterie. Je me sens appaisé, et retourne dans sa chambre pour lui dire une dernière fois ma gratitude et mon amour. En sortant de la chambre, je rencontre un chat, une chatte dans les couloirs de l’hôpital, qui me regarde et puis s’éloigne sans se presser, semblant me montrer un chemin vers quelque part, puis tourne l’angle et m’attend encore un peu plus loin, me regarde une dernière fois et s’en va tranquillement sans se retourner. Qu’a-t-elle voulu me dire, la chatte ?

„Cela ne fait rien, il faut que ça sorte, pas que ça parte, et vous avez des serviettes en papier dans le petit salon des familles“, me disait l’aide soignante, d’une exquise délicatesse.