La grande traversée

On essaie une première fois, on se lance, et on recommence. Quelques photos racontent.

Tu connais pijot ? The queen of the desert, la reine du désert comme on l’appelle. Mais parfois, ça casse et il faut réparer. Et alors, il y a toujours  un allemand qui passe : ils sont trop forts !

Dans le désert l’oasis. Toute une jeunesse : 75% ont moins de 25 ans en Algérie. Et un signe des temps anciens, quand le Sahara était vert et peuplé.

Un système d’irrigation essentiel, un modèle pour notre démocratie : vous avez dit  irrigation ?

img_66Le grand erg occidentale, appelé Grand Monde. Papa Brahim, son oasis minuscule, son accueil incomparable (on arrive à pied), sa sagesse : ici, c’est pas comme là-bas, et là-bas, c’est pas comme ici. Parce que ici, c’est ici, et là-bas, c’est là-bas. Et les nuits sous les étoiles sont vastes.

Et là dans les sables infinis, on fait parfois la rencontre de ces musiques du désert, les reines de la musique viennent spécialement un matin dans le campement dont vous êtes l’hôte de marque chanter pour vous, et elles vous remuent les tripes avec leurs voix suaves et des instruments rudimentaires. Et en plus, cela se fredonne … Alors, ne nous en privons pas :

Traversée avec les étudiants de l’école suisse : nous avions inventé le tourisme linguistique, culturel et solidaire : projet de réhabilitation de l’école d’Hagel Hoc. Passage par l’Assekrem dans le Hogar.

Les premiers êtres rencontrés quand on arrive „de l’autre côté“ : les enfants. Les jeunes filles de l’école d’Hagel Hoc chantent, la cantine de l’école. Au puits, les bêtes s’abreuvent, et le garçon me lance :“Ne suis-je pas un fier cavalier?“ Jeune femme targi (singulier de touareg) : „quand touareg c’est bon, femmes touareg, c’est libre !“

Et les jeunes femmes touareg dansent avec une grâce infinie au son de la guitare subtile de ce vieil Habib Koité.

Et un jour on a traversé et on arrive au fleuve. On est vraiment en Afrique, quoi !

Mais avant d’arriver sur la rive du fleuve Niger, il faut bien traverser l’enfer, je veux parler de la Markuba, ou quelque chose comme cela : un oued asséché, large d’un ou deux kilomètres, plus peut être à certains endroits, et où nombreux sont ceux qui ont perdu leur âme, et même la vie parfois : du fèche fèche, du fèche fèche, et encore du fèche fèche, une sorte de poudre de sable dans laquelle tout s’enfonce, à commencer par les bagnoles on s’en doute. trois, quatre, cinq jours et plus à brasser cette poussière liquide, on devient fou. Mais pas nous. Et pourquoi ?

Nous avions bivouaqué dans les sables, fait un petit feu à l’aide de branches ramassées ici et là sur les bords du semblant de piste, et nous étions réveillés dans la „froidure de l’avant jour“ mais réchauffés par un thé brûlant. Au loin, perdue dans les sables ocres prenant les premiers rayons du soleil, une forme noire. Qui se rapproche, se rapproche encore et se laisse distinguer comme étant une personne qui marche, toute de noir drapée, du cheich aux chevilles. Nous attendons, un jeune homme targhi arrive et nous salue : A-salama- leikum ! Wouai- lekum-salam !  – Nous vous avons vus arriver hier soir et ce matin mon père m’envoie pour vous inviter sous notre tente. Nous rangeons les affaires et montons avec notre guide dans les véhicules. C’est loin, le campement, il a marché plusieurs heures ce matin, le jeune. Nous y arrivons, une famille nous attend, salutations, présentations, invitation à un petit déjeuner somptueux : galettes beurrées, yogurt au lait de chamelle, thé bien sûr. Le chef de famille nous explique qu’il faut connaître le passage pour se sortir du guêpier de la Markuba, et que son fils nous en montrera le chemin. Nous remontons dans les 504, prenons congé de la famille en remerciant  de ce si bel accueil, nous les reverrons quelques semaines plus tard, ailleurs, lors de notre remontée, comment? je n’ai jamais compris. Toujours est-il que le jeune nous mène après bien des détours sur le haut d’une dune dominant le lit de l’oued, où nous nous  arrêtons. – Vous dégonflez les pneus aux deux-tiers, et vous voyez l’arbre seul là-bas de l’autre côté ? Eh bien c’est là que vous devez viser, mettre les gaz à fond, surtout ne  vous arrêtez pas avant d’être parvenus sur le sable dur, au pied de l’arbre (il y a beaucoup de ces arbres isolés dont on ne sait pas ce qu’ils font là dans le Sahara, des repères pour ceux qui savent lire les pistes dans le sable). Et nous nous élançons, conduite en serpentant grâce à la traction arrière – tu connais pigeot? – permettant de se glisser pour ainsi dire dans la masse mouvante, tel un serpent justement, pour venir mourir au pied de l’arbre. Nous nous retournons pour faire de grands signes à une silhouette noire qui déjà disparaît dans le pli de la dune. Plus loin sur la route, je prends en stop une femme et sa fille accompagnant sa mère à l’hôpital. Et le soir, nous sommes au bord du fleuve, à Gao, au Mali.

Partout des rencontres nous auront permis de progresser, de trouver le passage, de traverser vers l’autre côté. C’est l’Afrique, quoi !